Relations Chine-Sénégal en 2019 : Vers un partenariat commercial plus fécond ?

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Écrit par : Fatma Gueye Dione

Le continent Africain est devenu un atout stratégique pour la Chine qui désire réaffirmer son influence à l’international. Selon le Ministère chinois du commerce, les importations en Chine provenant du continent africain étaient en 2017 de 75,3 milliards de dollars, pour des exportations vers l’Afrique de 94,7 milliards de dollars. En Afrique de l’Ouest, région historiquement fortement tournée vers la France, la Chine est devenue le premier partenaire économique de certains pays comme le Sénégal. Ce dernier a d’ailleurs été le premier pays à recevoir le Président Xi Jinping lors de sa tournée africaine en Juillet dernier.

En Septembre 2018 s’est tenu le dernier Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC) à Pékin, rendez-vous qui a réuni 53 dirigeants des pays africains avec comme thème la recherche d’un « partenariat mutuellement avantageux ». Au sortir de cet échange, la Chine a prévu un investissement de plus de 60 milliards de dollars en Afrique dans le but de renforcer les relations bilatérales. Ce forum se tient tous les 3 ans et le prochain sera organisé en 2021 au Sénégal, qui assure d’ores et déjà la coprésidence du FOCAC et qui fut le premier pays ouest-africain signataire du document « la Ceinture et la Route ».

Investissements chinois au Sénégal

Infrastructure

Dans le cadre du plan de développement entre le Sénégal et la Chine, la Chine est le 2ème partenaire commercial du Sénégal et le 1er investisseur dans le pays. La Chine a nottament énormément investit dans des projets d’infrastructure au Sénégal.

Par exemple, le Grand Théâtre National inaugurée en 2011 fut financé par la Chine dans la cadre du partenariat bilatéral entre les deux pays. Pour assurer la maintenance de l’édifice, des techniciens sénégalais ont été envoyés en Chine afin de recevoir les formations adéquates. Dans la même lancée, le Grand Musée des Civilisations Noires inauguré en fin 2018 fut financé par la Chine à la hauteur de plus de 30 millions de dollars. Il constitue un espace de rencontre et de dialogue pour les cultures de l’« Afrique Noire ».

Dans l’industrie des transports, l’investissement le plus récent est l’autoroute Ila Touba qui rallie 3 régions du Sénégal (Dakar, Thiès et Diourbel). Construite sur une superficie de 113 kilomètres, elle a couté 800 millions de dollars à la Chine dans le cadre d’un crédit à l’export dédié au gouvernement sénégalais. C’est là raison pour laquelle les travaux ont été confié à la China Road and Bridge Corporation (CRBC) qui, avec l’appui d’EXIM Bank, était obligé de travailler en sous-traitance avec une société de bâtiment et de travaux publics locale. C’est ainsi que CRBC et AGEROUTE ont mis en place cette autoroute qui, aujourd’hui, permet de créer des centres de développements en dehors de Dakar et ainsi de décentraliser certaines activités dans les régions voisines.

En ce qui concerne les sports et loisirs, la lutte, sport national du pays, bénéficie dorénavant d’une arène nationale située dans la banlieue dakaroise. Le stade, qui comporte 20.000 places, fut entièrement financé par le gouvernement chinois. La valeur de cet édifice est estimée à 50 millions de dollars.

Agriculture

En 2011, le gouvernement chinois a envoyé Zheng Junjie, expert agricole, en tant que chargé de mission de la politique agricole chinoise au Sénégal. Durant 7 années passées dans ce territoire, il a été épaulé par une dizaine d’autres experts spécialisés dans la culture du riz, des légumes, et les techniques des machines agricoles.

Dans le nord du pays, plus précisément à Podor et à la Vallée du Fleuve Sénégal, se trouvent les zones principales de la culture rizière du pays. Ainsi, un autre groupe procède à des recherches sur l’adaptation des meilleures semences de riz à la terre sénégalaise, tout en apprenant aux cultivateurs locaux les techniques chinoises.

Toujours dans cette dynamique de modernisation de l’agriculture, environ un millier de personnes ont bénéficié des 18 sessions de formation relative à la culture du riz, des légumes et l’utilisation des machines agricoles. Cette politique n’est pas sans précédent. La production des rizières a augmenté de 50% dans le nord du Sénégal et les agriculteurs locaux assistent à une hausse constante de leurs revenus, ce qui contribue localement à la réduction de la pauvreté.

Education

Le gouvernement de la République Populaire de Chine offre des bourses d’études complètes au profit des étudiants ressortissants de l’Union Africaine. Ces derniers peuvent ainsi poursuivre leurs études en Master ou Doctorat dans les universités chinoises. Les échanges d’étudiants entre l’Afrique et la Chine est favorisé et est devenu une stratégie de partenariat importante pour l’Empire du Milieu. En outre, afin de poursuivre sans heurts leur expansion territoriale, les entreprises chinoises installées dans les villes africaines sont amenées à recruter du personnel local en nombre croissant. Ainsi, les sénégalais ayant étudié en Chine peuvent avoir un rôle important à jouer dans les échanges bilatéraux en travaillant pour des groupes chinois à leur retour au pays.

Textile

L’unité de confection de vêtements « C&H Garment » s’est installé dans le parc industriel de Diamniadio à 40 kilomètres de Dakar, la capitale sénégalaise. La société confectionne principalement des vêtements tels que des chemises, des pantalons, des maillots, entre autres destinés à la vente à l’international. Dans la mesure où le coût de la main d’œuvre et la concurrence sont élevés en Chine, s’installer en Afrique est une aubaine pour les sociétés de manufacture compte tenu de la population africaine particulièrement jeune et abondante et avec un coût très abordable. Cette réalisation industrielle ne profite pas seulement aux investisseurs étrangers, mais aussi à la population locale puisqu’elle contribue à la réduction du chômage. En effet, ce projet génère des emplois pour la jeunesse locale mais leur permet aussi de bénéficier de formation en couture dans un cadre professionnel avec des moyens adéquats. Toutefois, la délocalisation de manufacture Chinoise au Sénégal n’est pas appréciée de tous, nottament par les couturiers artisanaux locaux qui ont du mal à rivaliser avec les grandes firmes Chinoises.

Télécoms

Le projet « Smart Senegal » est un exemple de partenariat public-privé entre l’Etat du Sénégal et une entreprise chinoise qui aura un impact direct sur la sécurité, l’environnement, le secteur publique et l’agriculture. Dans le cadre de ce projet, l’Agence de l’informatique du Sénégal, en partenariat avec la compagnie de télécommunications chinoise Huawei, a déployé 4500 km de fibre optique améliorant au passage grandement la pénétration de l’Internet haut débit dans le pays. En outre, le projet permettra d’avoir un guichet unique pour effectuer les procédures administratives, une salle de formation pour les start-ups et les jeunes qui s’intéressent dans ce domaine, mais aussi d’organiser des consultations médicales par le biais des TIC.

L’entreprenariat africain en chine

La Chine représente de vastes opportunités d’affaires que les entrepreneurs africains peuvent saisir, bien que le pays perde quelque peu son attrait étant donné le coût élevé de la main d’œuvre et son environnement règlementaire relativement compliqué.

Outre les compagnies Sab Miller (SnowBeer), Aspen Pharmacare Holdings, Sasol, et Naspens qui se sont frayées un chemin dans le monde des investissements en Chine par le biais des joint-ventures, d’autres commerces fructueux ont également vu le jour.

Etablie en Chine depuis 1999, Martha Makuena a fondé en 2012 sa chaine de salon de coiffure en Chine. D’origine congolaise, précisément de Kinshasa, la patronne du Paulma Afro Hair Care Co. Ltd. a deux boutiques dans les deux plus grandes villes de la Chine ; à savoir Pékin et Shanghai. Son salon devient ainsi le premier salon de soin africain qui est non seulement fréquenté par les africains vivant en Chine, mais aussi par les chinois et autres étrangers.

Un autre africain du nom de Simon El Alaoui, originaire du Maroc en Afrique du Nord, a créé vers la fin des années 90 sa propre usine de fabrication de mobilier de bureau. Plus tard en 2000, il se lance dans la fabrication de lampes économiques innovantes. Avec ce projet, le succès sera tel que quelques années plus tard, il exporte en Malaisie et dans certains pays d’Europe. En 2012, de retour de son voyage dans son pays natal, le businessman décide d’y exporter l’huile d’argan et de créer sa marque Meclon qui englobera plusieurs activités.

En outre, la « Chocolate City » à Canton regorge de commerces africains. Entre les commerçants passagers qui viennent se procurer des marchandises à faible prix et les résidents qui y vivent, ce quartier de Canton est devenu la capitale de l’Afrique en Chine. Nombre des africains qui y vivent évoluent dans l’intermédiation commerciale. Cette activité consiste à accompagner les entreprises et les commerçants africains à s’approvisionner en marchandises et matières premières comme les tissus. En résumé, ils servent d’intermédiaires entre les vendeurs basés en Afrique et les usines en Chine.

Pour expédier les marchandises, des africains ont eu l’idée de créer des sociétés d’import-export en Chine. Ils assurent l’acheminement des biens fabriqués en Chine par voies aériennes ou maritimes vers différentes régions d’Afrique. Ils disposent aussi de bureaux-relais situés dans les zones d’acheminements qui en assurent la réception et le dédouanement arrivé à destination.

En exemple, le sénégalais Ababacar Niang, chef comptable à Dakar, s’est retrouvé en Chine en 2013 pour y ouvrir une boutique de prêt à porter qui n’a pas fait long feu. Pour renforcer ses connaissances, il a commencé un Master en Commerce International et des études de la langue chinoise à Shanghai. Quelques temps après, il a commencé à travailler en tant qu’intermédiaire entre ses partenaires à Dakar et leurs fournisseurs en Chine. Sa marque de serviettes hygiéniques, ANION Mina Care, marque le début de nombreuses activités d’importation de produits chinois au Sénégal. Il exporte aussi du Sénégal vers la Chine de l’arachide et de la noix de cajou.

C’est ainsi qu’il a ouvert son entité dénommée Touba Global Services (TGS) avec un cabinet de consulting en commerce international pour les entrepreneurs chinois désireux d’étendre leurs affaires au Sénégal. Avec l’essor de ses activités commerciales, il démarre avec la licence de son cabinet une société d’import-export, mais cette fois-ci à Yiwu, un des plus grands marchés de la Chine très fréquenté par les commerçants sénégalais. Les institutions publiques comme privées basées au Sénégal aussi sollicitent ses services pour s’approvisionner en produits ou marchandises depuis la Chine. Son entreprise est maintenant présente à Shanghai, à Canton et à Yiwu. Selon son expérience, « de nombreux entrepreneurs africains commencent par de l’import-export, car c’est l’activité principale, pour se spécialiser ensuite dans le domaine où ils excellent le plus. »

Sommes-nous à la croisée des chemins ?

Après la période de rupture diplomatique constatée entre le Sénégal et la Chine entre 1996 et 2006, le partenariat commercial entre les deux pays semble entrer dans une nouvelle ère, plus prolifique pour les investissements bilatéraux entre les deux nations.

Il y a quelques années, il aurait été possible de caractériser les relations commerciales sino-sénégalaises comme un échange entre infrastructure et ressources naturelles. Aujourd’hui, cette tendance serait à revoir, et l’augmentation des coûts de production en Chine présente une opportunité pour les pays africains comme le Sénégal capables d’accueillir les activités de manufacture délocalisées hors de Chine.

En Chine, le commerce africain se développe petit à petit. Cependant, bien que l’on constate le succès de nombreuses entreprises nottament celles facilitant l’export de produits chinois vers l’Afrique, beaucoup d’investisseurs continuent d’utiliser un modèle commercial transfrontalier et ne semblent pas encore prêts à s’attaquer en force au marché chinois.

La première difficulté reste celle de s’adapter à un environnement entrepreneurial et culturel différent, environnement opérationnel qui devient par ailleurs de plus en plus coûteux. Le développement économique chinois constitue donc à la fois une opportunité et une menace pour les entreprises africaines souhaitant faire des affaires avec l’Empire du Milieu.

Enfin, une des grandes questions pour les années à venir sera de surveiller l’exécution du projet chinois de « la Ceinture et la Route », qui annonce l’arrivée d’investissements importants en Afrique. L’avenir dira si la portée géopolitique du projet s’accompagnera de réels aboutissements commerciaux pour les pays qui, comme le Sénégal, ont choisi de « tendre la main à la Chine ».

 

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